Représentation de Carmen aux arènes de Bayonne

Dans la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 5 octobre 1900, un article signé Lord Kestre, en réalité Emile Seitz, directeur du journal, décrit l’évènement :

“ CARMEN ” aux Arènes Bayonnaises

Un insuccès étant chose désagréable à raconter, débarrassons-nous tout d’abord de cette corvée en disant hautement que la course de taureaux qui, dimanche dernier, devait être intercalée au 4e acte de Carmen, a été, par un concours de fâcheuses circonstances, abominable et écœurante. Dès le début, le matador Dominguin, après de brillantes passes de capa et de maladroits coups d’épée, a été blessé par un taureau et mis hors de combat. Les taureaux étaient d’ailleurs dangereux et faux. On eut dit qu’ils avaient l’expérience de l’arène, tant leur méfiance était grande. La présidence aurait dû, au moment de l’accident, mettre fin à la course, et donner l’ordre de terminer la représentation de Carmen. Mais elle eut le tort de livrer un second taureau à une cuadrille sans chef, dans laquelle ne se trouvait pas un homme capable d’estoquer un taureau. Et ce fût un piteux spectacle dont le public fit justice par des manifestations peu batteuses.

Quel dommage qu’une fête pleine de séduisantes promesses ait ainsi fini ; car le spectacle de Carmen aux arènes avait admirablement réussi, car les artistes, choisis parmi les meilleurs de France,avaient su enthousiasmer la foule des huit ou neuf mille spectateurs ; car on avait eu, en somme, l’agréable surprise de voir tomber, à l’heure, de la réalisation, toutes les craintes ou présomptions qu’inspirait le projet de transporter le théâtre aux Arènes. Les voix portaient admirablement, surtout quand chœurs et solistes savaient donner à leur chant, par le savoir et par le talent, la note vraiment artistique que nous avons applaudie si souvent. On pouvait constater alors que, dans ce cirque immense, sous le ciel méridional, fécond en enthousiasmes, Le (pie l’on chante bien s’entend très clairement Et les ondes de l’air l’emportent aisément et qu’avec des décors appropriés et des artistes de la valeur de ceux que nous avons en tendus dimanche, on peut donner, avec toutes chances de succès, des œuvres lyriques et même de grands ouvrages dramatiques. Car la voix s’entend ainsi fort bien, comme on en a pu juger par le poème de Carmen, et nous sommes certain qu’on obtiendrait des effets surprenants, si l’on pouvait — par impossible — obtenir que la Comédie-Française vint donner aux arènes cet éternel Œdipe Roi où Monnet-Sully atteint au sublime. Mais revenons à Carmen, pour dire combien tous les artistes ont bien mérité du public. sous un soleil brûlant qui faisait de la scène une fournaise, ils ont vaillamment lutté, tous, et ont donné à l’œuvre de Bizet une interprétation hors de pair. Mme Charlotte Wyns, si capiteuse dans son jeu, si enveloppante dans son chant ; M. Jérome, un ténor à la voix aussi bien chantante que puissante ; Mme Bergôs, une délicieuse Micaëla dont pas une note n’a été perdue ; M. Joël Fabre, un Escamillo de grande autorité, ont conduit à la victoire les excellentes troupes à la tête desquelles ils marchaient. Et, d’un peu loin, l’action et les chants, se fondant dans une légère et harmonieuse imprécision, semblaient plus poétiques que dans un théâtre ordinaire. Il faudra que pareil spectacle soit renouvelé — sans la faëna de Dominguin.

2 Tirages photo papier albuminé collé sur papier. Très bon état.

Format : jpeg, 25 cm x 18 cm

Type de document : Photographie

Date : octobre 1900

Période : Belle Epoque

Source : Don de Mme Bernatets